Centenaire de l'Armistice - Fleurs de novembre

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11 novembre 1918 - 11 novembre 2018
Paix et mémoire

 

Combien il est difficile de partager en cet hommage autre chose que de la sobriété face à l’horreur absolue d’une Europe ensanglantée… Tant de vies détruites et sacrifiées sur ce "champ de bataille". Tous les monuments aux morts et cimetières militaires au sein de nos villes et villages témoignent de cette douleur immonde puisqu’inutile. 

Et l’on pensait à tort qu’elle serait "la der des ders" !  Face à la guerre et à la souffrance, nos âmes humaines sont déchirées par l’ombre voulue de quelques hommes. Quel engrenage maléfique s’empare du monde, quelles spirales de violence pour quels idéaux ?

En témoignages historiques, les correspondances des poilus n’ont de cesse de condamner la furie insensée et meurtrière. Comme cette lettre souvent partagée, relatant l’enfer et le paradis perdu.

 

Verdun, le 18 mars 1916,

 

 Ma chérie,

                                                                  

Je t'écris pour te dire que je ne reviendrai pas de la guerre. S'il te plaît, ne pleure pas, sois forte. Le dernier assaut m'a coûté mon pied gauche et ma blessure s'est infectée. Les médecins disent qu'il ne me reste que quelques jours à vivre. Quand cette lettre te parviendra, je serai peut-être déjà mort. Je vais te raconter comment j'ai été blessé.

                                          

Il y a trois jours, nos généraux nous ont ordonné d'attaquer. Ce fut une boucherie absolument inutile. Au début, nous étions vingt mille. Après avoir passé les barbelés, nous n'étions plus que quinze mille environ. C'est à ce moment-là que je fus touché. Un obus tomba pas très loin de moi et un morceau m'arracha le pied gauche. Je perdis connaissance et je ne me réveillai qu'un jour plus tard, dans une tente d'infirmerie. Plus tard, j'appris que parmi les vingt mille soldats qui étaient partis à l'assaut, seuls cinq mille avaient pu survivre grâce à un repli demandé par le Général Pétain.    

                                                                                  

Dans ta dernière lettre, tu m'as dit que tu étais enceinte depuis ma permission d' il y a deux mois. Quand notre enfant naîtra, tu lui diras que son père est mort en héros pour la France. Et surtout, fais en sorte à ce qu'il n'aille jamais dans l'armée pour qu'il ne meure pas bêtement comme moi.   

Je t'aime, j'espère qu'on se reverra dans un autre monde, je te remercie pour tous les merveilleux moments que tu m'as fait passer, je t'aimerai toujours.    

                      

Adieu.

                                         

                                                  

Soldat Charles Guinant

 

Et les cartes postales durant la première guerre, surannées en poétiques propagandes, donnaient-elles un quelconque baume apaisant aux yeux des éplorées mères, filles ou soeurs ? 

 

Carte de poilu -  "Rêve idéal" - France - Guerre 14-18

 

Carte de poilu - "J'ai conservé longtemps cette brûlure exquise, De la lente caresse où l'amour s'éternise." - France - Guerre 14-18

 

Et les fils, pères et frères de colonies soumises ont-ils eu plus froid que leurs compagnons d'armes européens sur ces champs de batailles où leurs âmes exilées reposent encore ?

Et nous, Européens, fruits et enfants de deux guerres, avons-nous encore en nos familles ces stigmates de rêves et de paix perdues 

Certains se demandent pourquoi une commémoration du 11 novembre comme ciment de mémoire. Peut-être pour ne jamais oublier combien les pas sombres de l’Humanité ont ancré leurs rouges violences dans des circonstances apparemment sans conséquences face à l'échelle d’aussi vastes territoires d’un mondial conflit.

Confrontés à la guerre, aux violences hégémoniques et terribles de nos patries si profondément endeuillées, nous nous interrogeons aux heures sombres de la nuit d’un vide et néant : « POURQUOI ? »

Nous nous recueillons en gerbes colorées, fleurs de novembre en paix et mémoire ; la citation d’André Malraux frappant alors comme le tocsin d’une vérité : « Toute douleur qui n’aide personne est absurde. »​

 

 

Sandra Dulier Auteur


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Commentaires

  • Marie Minoza
    Je tenais à vous remercier pour la citation sur les flocons de neige...Je l'ai trouvée sur facebook, il y a quelques jours...
    "Dans la grâce des flocons dansent l'imagination"...Je peux vous donner l'original de la photo si un jour vous en avez besoin...
    En suivant votre lien, je suis arrivée jusqu'ici et votre page m'a beaucoup touchée, je viens de faire trois articles sur ce thème...Voilà si ça vous intéresse: http://marie-aupaysdesimagesetdesmots.blogspot.fr/search?updated-max=2016-03-01T1700Z&max-results=7...encore un grand merci, j'espère ne pas avoir trahi vos mots avec ma photo...
    • sandradulier
      Bonjour Marie, votre photo est très belle et j'accepte avec plaisir qu'elle illustre votre travail. J'aime beaucoup ce noir et blanc, comme un rêve et un possible. Belle continuation à vous dans la photographie, art que je pratique pour ma part en amateur, mais avec un immense coeur. Mon Nikon D90 me suit partout où je me déplace. Très cordialement. Bon mardi.
  • sandradulier
    Lien Pinterest : https://www.pinterest.com/pin/571886852679576476/
  • Jérôme C.
    • 3. Jérôme C. Le Sam 10 nov 2018
    Bonjour,

    Lorsqu'on évoque la guerre, cela me rappelle mon service militaire, non que j'ai fait la guerre, loin de là merci,
    cela me rappelle plutôt le temps que j'ai du passé en tant qu'appelé et ce texte sur lequel j'étais tombé
    au cours d'une de mes permissions et que j'ai gardé en mémoire durant toute cette période et qui est à ce
    qu'on disait la devise des objecteurs de conscience. C'est un passage des Lettres Philosophiques de Voltaire :

    " Nous n'allons jamais à la guerre; ce n'est pas que nous craignons la mort, au contraire, nous bénissons le moment qui nous unit à l' Être des êtres; mais c'est que nous ne sommes ni loups, ni tigres, ni dogues; mais hommes, mais Chrétiens. Notre Dieu, qui nous a ordonné d'aimer nos ennemis, et de souffrir sans murmure, ne veut pas sans doute que nous passions la mer pour aller égorger nos frères, parce que des meurtriers vêtus de rouge, avec un bonnet haut de deux pieds, enrôlent des citoyens en faisant du bruit avec deux petits bâtons sur une peau d'âne bien tendue; et lorsque après des batailles gagnées tout Londres brille d'illuminations, que le ciel est enflammé de fusées, que l'air retentit du bruit des actions de grâces, des cloches, des orgues, des canons, nous gémissons en silence sur ces meurtres qui causent la publique allégresse."

    Voltaire - Lettre I sur les quakers - Lettres philosophiques (1734)

    Pour moi, s'il y a bien une chose à retenir de la guerre, c'est cela.

    Cordialement

    Jérôme

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